AliceAu Pays Des Merveilles Cartes À Jouer Parti Accessoires DĂ©coration ThĂšme Complet Par ASVP ShopÂź Bicycle Vintage. Grimaud Les Cartes Ă  Jouer Divinatoires de JosĂ©phine - Cartomancie 10026647 Multicolore. Bicycle VĂ©lo 1038249 Jeu de Cartes. Ajouter au panier . Ajouter au panier . Ajouter au panier . Ajouter au panier . Ajouter au panier . Évaluation des LescinĂ©astes au pays des merveilles (Partie 2) 9-Alice se retrouve dans le jardin de la reine oĂč des soldats/cartes peignent des roses ; 10-Alice joue une partie de croquet contre la reine Alicefinit par en ressortir. Alice se rĂ©veille de son rĂȘve lorsqu’elle rĂ©alise que les soldats de la Reine ne sont au fond que des cartes Ă  jouer. Ok le monde est dingue mais elle n’a rien Ă  craindre. Elle a surmontĂ© la peur d’ĂȘtre perdue, et de ne pas ĂȘtre comprise. Elle a les cartes en main, saura dorĂ©navant faire la part Laseule fantaisie contemporaine que nous nous sommes accordĂ©e, c'est de rĂ©unir Alice au pays des merveilles et De l'autre cĂŽtĂ© du miroir dans un seul volume, tĂȘte-bĂȘche : deux tomes aujourd'hui indissociables. Pour le reste, cette nouvelle Ă©dition nous l'avons voulue conforme aux Ă©lĂ©gants livres rouge et or, parus en 1865 &1871 : format, papier, nombre de Aliceau pays des merveilles) le matin, pique-nique et Piscine l’aprĂšs-midi Voici un petit Ă©chantillon du programme de cet Ă©tĂ© Un programme dĂ©taillĂ© sera affichĂ© chaque semaine au centre Vendredi 17 JournĂ©e Ă  la forĂȘt de Pompadour ‘Les cartes soldats’ (jeu) le matin, pique-nique et Piscine l’aprĂšs-midi Jeudi 16 JournĂ©e tweedledum et tweedledee (JournĂ©e jumeaux !) Alice au Pays, c’est une Ă©vidence dĂ©sarmante, au service de notre bien-ĂȘtre. IdĂ©alement nichĂ© (lovĂ© ?) sur les flancs bienveillants des Coteaux du Lyonnais, l’atelier d’ Alice au Pays travaille malicieusement des produits locavores et 100% bio. Une Dansle joyeux monde d’Alice au Pays des Merveilles, oĂč les cartes peuvent ĂȘtre des jardiniers maladroits ou des soldats royaux, pourquoi ne pourraient-elles pas ĂȘtre plus grandes que nature? PrĂ©parez-vous Ă  des parties ZdKoJY. Please verify you are a human Access to this page has been denied because we believe you are using automation tools to browse the website. This may happen as a result of the following Javascript is disabled or blocked by an extension ad blockers for example Your browser does not support cookies Please make sure that Javascript and cookies are enabled on your browser and that you are not blocking them from loading. Reference ID d65b8171-2089-11ed-8edb-7a7371457248 Please verify you are a human Access to this page has been denied because we believe you are using automation tools to browse the website. This may happen as a result of the following Javascript is disabled or blocked by an extension ad blockers for example Your browser does not support cookies Please make sure that Javascript and cookies are enabled on your browser and that you are not blocking them from loading. Reference ID cf8a0695-2089-11ed-926e-494d4e775467 Autres designs que vous aimeriez certainementpar dmorganajonz1,45 €par carte postaleQuantitĂ© EnveloppesType de papierMate 17,5 pt d'Ă©paisseur / poids 325 g/m2 Finition blanche coquille d'Ɠuf, sans revĂȘtement Nom du CrĂ©ateur/ZazzleEnlever le nom du CrĂ©ateur/Zazzle+ 0,06 € Sortie le 24 mars 2010 Famille, Aventure, Fantastique 1h49 De Tim Burton Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Michael Sheen, Matt Lucas, Alan Rickman Synopsis Alice, dĂ©sormais ĂągĂ©e de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu'elle a dĂ©couvert quand elle Ă©tait enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire oĂč elle accomplira son destin mettre fin au rĂšgne de terreur de la Reine Rouge. Sortie le 24 mars 2010 Famille, Aventure, Fantastique 1h49 De Tim Burton Synopsis Alice, dĂ©sormais ĂągĂ©e de 19 ans, retourne dans le monde fantastique qu'elle a dĂ©couvert quand elle Ă©tait enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire oĂč elle accomplira son destin mettre fin au rĂšgne de terreur de la Reine Rouge. Ce film n'est plus Ă  l'affiche. Vous pourriez Ă©galement aimer... UGC Culte Voir la bande annonce SĂ©ances Inscrivez-vous dĂšs maintenant ! Je souhaite recevoir l'actualitĂ© cinĂ©ma et les meilleures offres UGC. Renseignez votre cinĂ©ma favori pour tout savoir sur les films Ă  l’affiche. 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DĂ©couvrir les offres UGC illimitĂ© Abonnez-vous pour profiter de toutes les sĂ©ances chez UGC et dans plus de 400 autres salles en France ! DĂ©couvrir les offres Logiciens et psychanalystes pensent tous que l’organisation de notre monde » dĂ©pend du langage que nous parlons. Pourtant, lorsque les uns et les autres prennent des exemples de polysĂ©mie, en grammaire et en sĂ©mantique, ils ne s’y retrouvent plus. C’est que les logiciens s’intĂ©ressent aux dĂ©ductions, aux infĂ©rences si on change l’ordre de la grammaire, que deviennent nos perceptions ? Telle est l’épreuve Ă  laquelle se soumet et nous soumet Alice. Mais en logique le critĂšre des dĂ©ductions valides sert Ă  dĂ©terminer, in fine un rapport correct Ă  la rĂ©fĂ©rence car l’ordre naturel des langues, les grammaires et la philosophie sont souvent fautifs Ă  ce titre. Au contraire, en psychanalyse, on ne corrige pas la maniĂšre dont une langue ou un discours vise une rĂ©fĂ©rence ; on suspend avec mĂ©thode la considĂ©ration de la rĂ©fĂ©rence puisque le principe de rĂ©alitĂ© » est une modification interne du principe de plaisir. On ne veut pas corriger logiquement le rapport Ă  la rĂ©alitĂ©, on veut laisser se dĂ©ployer et se transformer la polyvocitĂ© des langages par lesquels se dĂ©ploient nos dĂ©sirs. C’est un travail interne aux illusions. D’oĂč, par exemple, l’expression freudienne de travail du rĂȘve » ou celle de Lacan grammaire des pulsions ».Du coup, lorsqu’un psychanalyste est attentif Ă  l’usage des exemples par un logicien, il se trouve transporté  au pays des merveilles, et l’inverse a lieu aussi. C’est Ă  ce dĂ©paysement que nous convie Ali Carroll disait d’Oxford ceci Ici, il n’arrive jamais rien. Jamais, il n’y eut un lieu pareil pour ne point faire se produire les choses. » OĂč se produisent donc les choses ? Allons au pays des merveilles, lĂ  oĂč le sommeil a son monde Ă  lui » et qui est parfois aussi vrai que l’autre [1] ». À prendre ce pays des merveilles au sĂ©rieux, nous saurons combien nous veillons dormant et nous dormons veillant [2] », combien nous savons en rĂȘve ce que nous ignorons en vĂ©ritĂ© » et comment l’émerveillement s’oppose point par point Ă  l’ennui FatiguĂ©e de ne rien Ă  faire » tired [
] of having nothing to do, Alice quitte sa sƓur pour le terrier du lapin car le livre sur lequel elle se penche et que lit sa sƓur ne comprend ni conversations, ni images. Le terrier lui offrira des conversations Ă  bĂątons rompus et des images oniriques surprenantes. L’émerveillement s’oppose, pourrait-on dire, Ă  l’ennui. Selon la vie ennuyeuse, tout est dit, tout se rĂ©pĂšte, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Dans l’émerveillement, on est sauvĂ© de cette morne incuriositĂ© », ou de ce dĂ©sespoir fiĂ©vreux par la soudaine dĂ©couverte d’autre chose d’un monde qui change et d’un moi capable de se transformer [3]. » 2Cela se cristallise dans la polysĂ©mie du mot wonder On dit tout aussi bien I wonder who’s at the door Je me demande qui est Ă  la porte il est question de beaucoup de portes et de clĂ©s dans l’ouvrage de Carroll ; I wonder at your behaviour votre comportement m’étonne tous les comportements auxquels Alice est exposĂ©e sont Ă©tranges ; a wonderful sky un ciel admirable, the seven wonders of the world les sept merveilles du monde [4] et bien sĂ»r Alice’s adventures in wonderland Les Aventures d’Alice au pays des merveilles. Le premier sens est rĂ©current Je me demande. » Alice ne cesse d’associer sa question Je me demande » Ă  l’étrangetĂ©, au caractĂšre bizarre de la soudaine nouveautĂ©, ou soudaine nouvelletĂ© the out of the way things. J’aborderai ce qu’on appelle l’ardeur juvĂ©nile », la fraĂźcheur juvĂ©nile » par ce biais le rapport radical Ă  la nouveautĂ© qui rompt non seulement avec l’ennui, mais aussi avec les corrĂ©lations coutumiĂšres, les habitudes. 3Du coup, c’est bien d’une attitude et non d’un Ăąge qu’il s’agit, une attitude de constante curiositĂ© et de constante transformation oĂč le langage lui-mĂȘme emprunte des chemins labyrinthiques et accompagne par un dĂ©sordre apparent du sens les aventures d’ sensoriel, Ă©gocentricitĂ© et attente perceptive l’estime des apparences4Dans le jugement de perception Ceci est chaud », on passe de l’état primitif du langage oĂč chaud » est un mot-objet Ă  valeur Ă©gocentrique, Ă  un jugement oĂč ce mot a perdu cette valeur En passant de “chaud’’ Ă  “ceci est chaud”, nous effectuons une analyse la qualitĂ© “chaud” est dĂ©lestĂ©e de son Ă©gocentricitĂ© et l’élĂ©ment Ă©gocentrique prĂ©cĂ©demment implicite est rendu explicite par les mots “ceci est”. Ainsi, dans un langage Ă©voluĂ©, des mots tels que “chaud”, “rouge”, “doux”, etc., ne sont pas Ă©gocentriques [5]. » C’est ce qui se passe d’ordinaire dans le langage, mais, dans le conte de Lewis Carroll, les mots gardent leur Ă©gocentricitĂ© Mange-moi », Ă©crit sur le pot de confiture, bois-moi » Ă©crit sur la bouteille. 5Avec le maintien de l’égocentricitĂ©, c’est-Ă -dire d’une rĂ©fĂ©rence directe Ă  un je-ici-maintenant », il y a le maintien de l’activitĂ© de dĂ©nomination, alors que celle-ci laisse en gĂ©nĂ©ral dans le langage coutumier place Ă  de la description on lit des ouvrages d’histoire et de gĂ©ographie et on apprend par description sans refaire le voyage de Magellan, par exemple au cap Horn, pour le nommer. On fait en somme confiance Ă  la description. L’expĂ©rience perceptive n’est pas rĂ©sorbĂ©e dans le langage et ne se rĂ©duit pas Ă  chaque fois au noyau sensoriel, ce qui est immĂ©diatement donnĂ© aux sens. 6L’expĂ©rience perceptive se traduit habituellement par une attente quand on voit un chat, on s’attend Ă  ce qu’il miaule, Ă  ce qu’il ait une dĂ©marche fĂ©line, mais il reste qu’il est logiquement possible que ces choses attendues phĂ©nomĂ©nologiquement n’aient pas lieu. Nous sommes alors dans le monde supposĂ© Ă©trange d’Alice, au pays des merveilles, oĂč les sensations ont lieu sans les expĂ©riences perceptives. Le chat de Chester apparaĂźt et disparaĂźt, et l’étrangetĂ© n’est pas rĂ©duite quand, satisfaisant Alice, il ne disparaĂźt pas aussi vite qu’il apparaĂźt, quand Alice ne voit de lui qu’un sourire elle savait ce qu’était un chat sans sourire, mais un sourire sans chat ? À l’apparition onirique ou hallucinatoire correspond le nouvel ordre des mots sourire sans chat en lieu et place de chat sans sourire. D’ailleurs, quand on pose une question et qu’on n’a pas la rĂ©ponse, peu importe l’ordre des mots, lit-on Ă  propos de la question d’Alice les chats mangent-ils les chauves souris ou les chauves-souris mangent-elles les chats ? 7 J’aimerais bien que vous cessiez d’apparaĂźtre et de disparaĂźtre si rapidement », dit Alice au chat de Chester ; trĂšs bien’’ dit le chat, et cette fois il s’évanouit lentement, en commençant par le bout de sa queue pour finir par le sourire qui demeura en suspens quelque temps aprĂšs tout le reste [6]. » Alice a donc des sensations sans expĂ©rience perceptive et l’épreuve qu’elle vit est celle de la dĂ©liaison permanente entre le noyau sensoriel et l’expĂ©rience perceptive, dĂ©liaison qui met Ă  mal l’infĂ©rence de l’un Ă  l’autre. 8Trois remarques Ă  ce sujet 91 En l’absence de cette Ă©preuve extrĂȘme, nous vivons, Ă  l’état de veille, une amplification de notre sensation par ce procĂ©dĂ© d’infĂ©rence que Bertrand Russell qualifiait de spontanĂ© », d’ animal », d’ instinctif », et qui nous rappelle l’enracinement organique de la croyance je vois quelque chose de lourd que j’ai Ă  porter et mon corps s’attend Ă  cela et agit en consĂ©quence. Mais Alice est en apesanteur puisqu’elle tombe dans le terrier sans se faire mal. Elle a perdu ce sens organique de la croyance. 102 GrĂące Ă  l’épreuve extrĂȘme d’Alice, nous comprenons que ce que le sens commun accepte de maniĂšre non critique comme une donnĂ©e de la perception est bien souvent infĂ©rĂ©, construit. Or, seuls nos sensations et nos souvenirs sont des donnĂ©es vĂ©ritables pour notre connaissance du monde extĂ©rieur. Nous devons exclure de notre liste de donnĂ©es, non seulement les choses que nous infĂ©rons de façon consciente, mais aussi tout ce qui est obtenu par infĂ©rence animale, comme la duretĂ© imaginĂ©e d’un objet vu mais non touchĂ© [7] », ou encore l’idĂ©e que c’est bien le mĂȘme chien dont il s’agit quand l’on l’entend seulement aboyer parce que momentanĂ©ment un arbuste le cache. 113 Le problĂšme du solipsisme se pose dans le cas d’Alice. Si, d’une part toutes les donnĂ©es sont privĂ©es et s’il n’y a pas d’argument, dĂ©montrable logiquement, qui me permette de passer d’une donnĂ©e Ă  une autre, alors il peut sembler que je sois obligĂ© de ne croire qu’en ma seule existence. Mais, en rĂ©alitĂ©, toute parole en mon nom suppose que je sache comment dĂ©limiter le moi par rapport Ă  ce qui n’est pas moi, ce qui donc suppose l’existence d’autre chose que moi Si les autres personnes et les choses n’existaient pas, le mot moi-mĂȘme’’ perdrait son sens, car c’est un mot qui dĂ©limite et exclut [8]. » Il n’est pas sĂ»r qu’Alice, devenue une perception, un tĂ©lescope, un serpent, puisse dire moi ». Le solipsisme reste et catĂ©gorisation12 Qui es-tu ? », demande la chenille Ă  Alice, en donnant un conseil de poids Ă  la petite fille Ne perdez jamais votre sang-froid » never lose your temper et keep your temper. Il arrive souvent qu’Alice soit contredite, or elle doit faire avec les contrariĂ©tĂ©s que cette nouvelle vie, oĂč toutes ses habitudes sont suspendues, lui impose. La question sur l’identitĂ© n’arrive qu’à la faveur d’un dĂ©placement Alice tombe dans le terrier du lapin et se trouve en apesanteur, perdant cette qualitĂ© premiĂšre qu’est la gravitĂ©, la petite fille devient elle-mĂȘme une perception, ou plutĂŽt tend Ă  ĂȘtre une perception parmi les perceptions. Dans une veine humienne, Lewis Carroll refuse le dĂ©doublement d’une perception et de son objet. En rĂ©alitĂ©, une perception considĂ©rĂ©e pour elle-mĂȘme est un objet Ă  part entiĂšre, et une perception considĂ©rĂ©e dans sa liaison avec d’autres perceptions est un acte de l’esprit. Il n’y a donc pas de dualitĂ©, mais un simple changement de point de vue. Ici, les perceptions ne sont pas reliĂ©es pour faire esprit, ce sont donc les choses elles-mĂȘmes. 13Le pigeon ne s’y trompe pas il ne pose pas la question Qui ĂȘtes-vous ? », mais Qu’ĂȘtes-vous ? [9] », laissant Alice avec l’énigme d’ĂȘtre en un sens un serpent parce qu’elle partage avec cet animal l’apparence extĂ©rieure le cou trĂšs long et la propriĂ©tĂ© de manger comme lui des Ɠufs. Se pose en filigrane dans cet exemple la remise en cause de la dĂ©finition de ce qu’est une espĂšce vivante jusqu’à Darwin, on mettait en avant les ressemblances et non la descendance ou la filiation. La parodie de cette dĂ©finition de l’espĂšce par la ressemblance, c’est que, sous un certain aspect, tout ressemble Ă  tout. 14Le changement de lieu est un prĂ©alable pour de nombreuses mĂ©tamorphoses Alice change de taille et ne peut plus expliquer ce qu’elle est, ni reconnaĂźtre des parties d’elle-mĂȘme comme Ă©tant d’elle-mĂȘme pieds, Ă©paules, etc. Les pieds devenus lointains sont comme des donnĂ©es Ă  part. Aristote avait explicitement posĂ© le problĂšme de l’unitĂ© substantielle de l’individu dans le traitĂ© des CatĂ©gories ma main a-t-elle une quelconque autonomie par rapport Ă  moi ? Il avait tranchĂ© en expliquant que telle main n’est pas telle main donnĂ©e de quelqu’un, mais la main de quelqu’un. Les parties du corps ne sont donc pas en relation avec nous, mais sont de nous. On ne peut se juger si on ne s’y connaĂźt pas en catĂ©gories [10] », notait Wittgenstein Ă  la fin des Remarques mĂȘlĂ©es. 15Cependant, pour Alice, de quoi pouvons-nous avoir l’air quand notre taille se rĂ©duit jusqu’à n’ĂȘtre plus que celle d’une flamme qui va s’éteindre ou quand le cou est si grand qu’il s’apparente plus Ă  une tige vĂ©gĂ©tale qu’à un cou humain ? Le Gulliver de Swift se rĂ©veille comme corps dont toutes les sensations sont discontinues les unes d’avec les autres et surtout hĂ©tĂ©rogĂšnes l’orteil, le bras, prennent leur autonomie face au reste du corps en raison de leur taille disproportionnĂ©e par rapport Ă  la cause de leur stimulation les attaques des lilliputiens. Comment peut-on garder une quelconque affinitĂ© avec nos pieds ou mĂȘme avec nos Ă©paules, quand notre cou entortillĂ© comme un serpent est devenu dĂ©mesurĂ©ment long ? 16VoilĂ  bien des images de rĂȘve ou des hallucinations auxquelles on aurait tort de prĂȘter moins d’attention que celle que l’on porte Ă  l’univers physique qui nous entoure et qui n’est qu’une vaste construction Les fantĂŽmes et les hallucinations pris en eux-mĂȘmes sont exactement sur le mĂȘme niveau que les donnĂ©es sensorielles ordinaires. Ils ne diffĂšrent des donnĂ©es sensorielles ordinaires que par le fait qu’ils n’ont pas avec les autres choses les corrĂ©lations habituelles. En eux-mĂȘmes ils ont la mĂȘme rĂ©alitĂ© que les donnĂ©es sensorielles ordinaires [11]. » Alice perd la continuitĂ©, et la corrĂ©lation, de ses impressions et nous fait entendre que cette continuitĂ© ainsi que cette corrĂ©lation sont une construction les corrĂ©lations coutumiĂšres sont comme mises en suspens par l’expĂ©rience onirique. À l’état brut ou donnĂ©, nos impressions sont bien discontinues, mais la discontinuitĂ© ne signifie pas irrĂ©alitĂ© aucune ne se dĂ©duit de la prĂ©cĂ©dente de maniĂšre logique et toutes ont une pleine rĂ©alitĂ©. La fable de la vie est de construire le lien d’habitude entre elles. 17C’est la grande dĂ©couverte de David Hume les donnĂ©es privĂ©es de nos sens sont toutes autonomes et pleinement rĂ©elles ; toute connexion entre elles est une construction. C’est pourquoi il faut prendre nos rĂȘves au sĂ©rieux, ils nous informent sur la nature de nos impressions, sans toutes les constructions mentales de la vie diurne. Les associations libres de Freud nous font entendre que nos perceptions, nos pensĂ©es supposent un lien. Mais ce lien est tout sauf logique, aucune dĂ©duction ne saurait l’imposer. Prenons-le pour fortuit pour comprendre combien les liens que nous pensons non fortuits sont d’abord des liens construits on Ă©vite de faire de ces liens des donnĂ©es et, consĂ©quemment, de les essentialiser ou, pire encore, d’en faire un destin nĂ©cessaire. Si ces liens font destin, c’est Ă  la faveur d’une pure contingence et Ă  la maniĂšre d’une fable, d’un conte. 18En rĂ©alitĂ©, peu de chose nous est donnĂ©. Nous commençons par les associer par la conjonction, avant de les rendre dĂ©pendantes l’une de l’autre par la prĂ©dication. Le et » prĂ©cĂšde et conditionne le est ». Mais nous ne nous rendons compte de la force de la conjonction que par le rĂȘve bien souvent je vois du caillou, je vois du bleu, ou bien je vois un corbeau et je vois du noir, c’est lĂ  des conjonctions. Puis je dis que le caillou est bleu » ou le corbeau est noir [12] » ce sont des prĂ©dications. Je commence Ă  associer librement avant d’identifier, avant de focaliser sur une rĂ©alitĂ©. Pour Ă©viter Ă  la fois l’apothĂ©ose de la copule est » dans le jugement prĂ©dicatif et l’absolutisation du verbe ĂȘtre », faisons justice Ă  la conjonction pour en finir, comme dirait Gilles Deleuze, avec le jugement. C’est pourquoi, en toute logique, nous pouvons ĂȘtre solipsistes le monde peut avoir commencĂ©, il y a cinq minutes, tant que je ne mobilise pas tous les postulats ou demandes rationnelles, comme, par exemple, la continuitĂ© spatio-temporelle, l’analogie ou les lignes causales [13] chacun de ces postulats affirme que quelque chose se produit souvent » et chacun justifie une attente rationnelle qui n’atteint pas la certitude [14] ». Ces postulats font passer nos prĂ©dications pour naturelles, alors qu’elles sont le produit de rĂ©ifications et de focalisations multiples Pour le trĂšs jeune enfant, qui n’est pas allĂ© au-delĂ  des Ă©noncĂ©s d’observation, la prĂ©sentation rĂ©pĂ©tĂ©e d’un corps ne diffĂšre pas beaucoup d’effets stimulatoires semblables qui de toute Ă©vidence n’entraĂźnent pas de rĂ©ification. La mise en prĂ©sence rĂ©pĂ©tĂ©e avec une balle ne diffĂšre pas au dĂ©but de la simple exposition rĂ©pĂ©tĂ©e Ă  la lumiĂšre du soleil ou Ă  l’air frais savoir s’il s’agit toujours de la mĂȘme balle n’a pas plus de sens que de savoir s’il s’agit du mĂȘme rayon de soleil ou de la mĂȘme brise. À ce stade, selon l’expression de Strawson, l’expĂ©rience est comme la mise en place du spectacle. L’individuation viendra plus tard [15]. » La vie est rĂ©alitĂ© construite. Tant de poĂ©sie dans le juvĂ©nile ! Le texte de Lewis Carroll est ponctuĂ© de poĂ©sies plus ou moins absurdes. 19Alice est juvĂ©nile. RĂ©duite Ă  son noyau sensoriel donnĂ©, sans expĂ©rience perceptive construite, elle nous indique cette place solipsiste oĂč le rĂȘve nous introduit et Ă  laquelle il est toujours bon de revenir pour mesurer le type de lien qui nous la fait oublier. Alice sait qu’elle n’est ni Marion, ni aucune de ses autres amies, mais, positivement, il est difficile de dire ce qu’elle est, ayant tant changĂ© que tout critĂšre d’identitĂ© se trouve lui-mĂȘme invalidĂ©. Elle est sans qualitĂ©s. Tout est emportĂ© dans ce branloire pĂ©renne » et le jugement et le jugĂ© [16] », et ce qu’elle dit d’elle-mĂȘme et elle-mĂȘme. Elle est donc bien perception parmi les perceptions. Il ne s’agit bien Ă©videmment pas d’un dĂ©doublement de personnalitĂ© la modification corporelle dit assez qu’Alice est plusieurs Alice, toutes distinctes les unes des autres comme nos donnĂ©es sensorielles, mais elles ne sont pas superposables simultanĂ©ment. Si Alice a du chagrin, il faut bien qu’elle soit noyĂ©e dans son chagrin elle aura ainsi la taille suffisamment petite pour nager dans la mare de larmes qu’elle a dĂ©versĂ©es quand elle fut plus grande. 20Parler d’identitĂ© comme d’une notion claire, stabilisĂ©e, peut-il faire encore sens ? La question de la chenille Qui es-tu ? » ne prend sens qu’à partir d’expĂ©riences de mĂ©tamorphoses, mĂȘme si la question revient aprĂšs un premier Ă©change verbal pour souligner que les interlocuteurs ont fait du sur place », indication d’un rĂ©el qui insiste parce qu’il n’est pas pris en compte. Que ce soient les mĂ©tamorphoses d’Alice ou les exploits de Don Quichotte, le sur place », la rĂ©alitĂ© Ă  laquelle on ne fait pas face, qu’on combat comme le fait Alice ou Don Quichotte par la colĂšre, par le fait de sortir de soi, est l’ombre portĂ©e de l’ un labyrinthe sĂ©mantique21C’est comme si, empruntant un labyrinthe, on se rend compte qu’on revient au mĂȘme endroit, qu’on est perdu comme la PhĂšdre de Racine Et PhĂšdre au labyrinthe avec vous descendue / se serait avec vous retrouvĂ©e ou perdue. » Le salut de PhĂšdre ne vient pas de la sortie du labyrinthe, mais d’ĂȘtre reconnue par Hippolyte. Dans le livre de Lewis Carroll, c’est sous forme d’un labyrinthe sĂ©mantique prĂ©sentĂ© cependant dans une correction syntaxique que l’attribution d’identitĂ© sera faite par la duchesse Ne t’imagine jamais ne pas ĂȘtre autrement que ce que qui pourrait sembler aux autres que ce que tu Ă©tais ou aurais pu ĂȘtre n’était pas autrement que ce que tu avais Ă©tĂ© leur aurait semblĂ© ĂȘtre autrement ». On est mis au dĂ©fi de suivre logiquement le sens de la phrase mĂȘme si, syntaxiquement, il n’y a rien Ă  redire [17]. La duchesse propose cette phrase comme un Ă©quivalent plus simple, pense-t-elle, de la phrase Soyez ce que vous voudriez sembler ĂȘtre. » On ne gagne pas nĂ©cessairement en signification par cette traduction en une phrase plus courte, car comment ĂȘtre ce que je veux sembler ĂȘtre si mon apparence doit encore convoquer ma volontĂ© pour coĂŻncider avec mon ĂȘtre ? 22Entre apparence, imagination, nĂ©gation et changement, l’identitĂ© devient un labyrinthe. Le trouble saisit Alice qui demande du papier et un crayon pour pouvoir parcourir Ă  nouveau la phrase. Elle ne la saisira pas plus, elle sera comme sous hypnose, continuant Ă  explorer ce monde Ă©trange dans lequel les choses bizarres the out of the way things deviennent au fur et Ă  mesure un peu moins surprenantes, non parce qu’elles sont devenues coutumiĂšres, mais parce qu’Alice a dĂ©veloppĂ© une accoutumance Ă  l’étrange. 23Quand Alice rĂ©pond Ă  la chenille qu’elle ne sait plus qui elle est, vu les nombreuses mĂ©tamorphoses qu’elle a connues depuis peu, les diffĂ©rents changements de taille, notamment, on voit bien qu’elle ne peut convaincre la chenille ne se mĂ©tamorphose-t-elle pas tout simplement en chrysalide, puis en papillon ? Il faut ou chercher ailleurs comment sortir du labyrinthe de l’identitĂ©, ou abandonner la question, en reconnaissant la continuitĂ© entre le monde animal et le monde humain condition pour se libĂ©rer non du sens mais de la recherche du finir avec le sens24Il y a loin du possible au croyable Il ne faut pas juger ce qui est possible et ce qui ne l’est pas selon ce qui est croyable et incroyable Ă  nos sens [18]. » Il y a la mesure de nos sens et celle de nos actions qui en dĂ©rivent aussi pensons-nous difficile de croire ce que nous ne savons pas faire Et est une grande faute en laquelle la plupart des hommes tombent ce que je ne dis pas pour Bodin de faire difficultĂ© de croire d’autrui ce qu’eux ne sauraient faire [19]. » L’expĂ©dient que les hommes trouvent pour limiter l’action de leurs semblables est de la dire impossible et incroyable. Le possible jugĂ© est niĂ©. 25– On ne peut pas croire des choses impossibles », dit Alice. 26– J’ose dire que vous ne vous y ĂȘtes pas beaucoup exercĂ©e », fit la Reine [20]. 27Pour libĂ©rer le possible du croyable, il importe de se libĂ©rer du sens. Pour en finir avec le sens comme d’autres, Deleuze en particulier, disaient en finir avec le jugement, il convient de faire le voyage dans les mots dont le rĂšgne est consacrĂ© par le monde onirique. 28La dĂ©composition du sens va au-delĂ  de sa dĂ©construction. Il ne s’agit pas de mettre en chantier, comme Jacques Derrida l’avait fait, les constructions du sens, mais de le dĂ©composer. Cela se fait de multiples façons. Toutes ces façons ont ceci de commun qu’elles agissent sur le contexte, sur les sonoritĂ©s, sur le comportement linguistique, sur les rites d’apprentissage scolaire, en laissant indemne le sens coutumier des mots. À aucun moment, le sens habituel des mots n’est remis en cause. Lewis Carroll agit sur la composition du sens non sur son acquisition. Quelques exemples 291 La rupture de construction du sens. Ce que l’on pourrait appeler l’anacoluthe du sens dans le chapitre sur la sĂ©ance de thĂ©. AprĂšs la dĂ©composition du temps successif il est toujours six heures, l’heure du thĂ© – le temps se venge car il est battu en musique –, on assiste Ă  la confrontation entre un sens prĂ©suppositionnel et un sens logique du mot plus ». Un peu plus de thĂ© », dit le liĂšvre de mars Ă  Alice. Comment puis-je en avoir plus, puisque je n’en ai pas encore eu ? » Le chapelier fou s’interpose Vous voulez dire comment avoir moins, car on a toujours plus que rien. » Le sens logico-mathĂ©matique de plus » est indĂ©niable, le sens prĂ©suppositionnel est indĂ©niable, et c’est la superposition des deux qui devient intenable. 302 L’apprentissage des rĂšgles de grammaire comprend une partie rituelle. Il suffit d’abstraire cet aspect rituel, de le considĂ©rer pour lui-mĂȘme, de l’isoler et de le cultiver pour faire apparaĂźtre sa part d’absurde une fois mis en contexte d’usage. Alice cherche Ă  parler Ă  la souris rencontrĂ©e au dĂ©but du conte au moment oĂč elle est noyĂ©e dans son chagrin, et qu’elle nage dans ses larmes. Comment s’adresser Ă  la souris ? Elle commence par dire Ô souris ! » C’est le vocatif. Elle se souvenait en effet avoir lu dans la grammaire latine de son frĂšre Une souris, d’une souris, Ă  une souris, par une souris, Ô souris [21] ! » Échec de communication l’apprentissage de la rĂšgle n’est pas apprentissage des contextes d’usage. Autre essai, en une autre langue, le français, car il se peut que ce soit une souris française venue avec Guillaume le ConquĂ©rant. Le deuxiĂšme essai fonctionne, mais produit un effet contraire la souris s’éloigne. Il vient aussi des leçons apprises. OĂč est ma chatte ? » c’était la premiĂšre phrase de son livre de français. La souris fait un bond hors de l’eau et frissonna d’épouvante [22]. » De nouveau, c’est la confrontation entre un exemple venu de l’apprentissage oĂč l’on apprend les rĂšgles pour elles-mĂȘmes en crĂ©ant une situation factice et un contexte d’usage, d’indexicalitĂ© oĂč la rĂ©fĂ©rence des mots est visĂ©e, qui produit une inquiĂ©tude quant au sens. C’est ce jeu entre les deux contextes qui prĂ©side Ă  l’ouverture de la piĂšce de théùtre de Ionesco La Cantatrice chauve. L’idĂ©e de M. Smith saluant Mme Smith, son Ă©pouse, et parvenant par l’échange verbal Ă  reconnaĂźtre qu’il s’agit de son Ă©pouse lui est venue par son dĂ©sir d’apprendre la langue anglaise par la mĂ©thode Assimil oĂč des phrases toutes faites de cet ordre Ă©taient proposĂ©es. Ionesco dĂ©crit qu’il n’a pas pu apprendre l’anglais, car il ne parvenait pas Ă  s’abstraire de l’indexicalitĂ© des mots en question. RĂ©sultat soit on apprend, sans faire jouer la rĂ©fĂ©rence, et c’est l’apprentissage qui tourne Ă  vide, soit on n’apprend pas, car en mobilisant la rĂ©fĂ©rence, on oublie la visĂ©e des exemples qui sont des exemples de laboratoire de langue et non des mots imprĂ©gnĂ©s de forme de vie. À chaque fois, on en finit avec le sens, restĂ© intact, indemne pourrait-on dire, immune mĂȘme. 313 L’homonymie se placer Ă  la surface des mots pour dĂ©velopper leur iconicitĂ© et leur fantaisie. Cette fois-ci, il s’agit d’en finir avec la synonymie. Prenez soin du sens, les sons prendront soin d’eux-mĂȘmes », dit la duchesse Ă  propos de la synonymie. Celle-ci est un grain de sable extra linguistique introduit dans la machine linguistique. Que serait en effet ce sens qui serait identique Ă  travers deux expressions diffĂ©rentes, et surtout oĂč siĂšgerait-il ? L’homonymie proposĂ©e n’est pas arbitraire, elle inaugure un sens nouveau. Sa place est reconnue, elle est Ă©talĂ©e devant nous dans la juxtaposition des homonymes. Tortoise/taught us, ou encore tale/tail, lesson/lessen. Il y a une matĂ©rialitĂ© et une spatialitĂ© de l’homonymie qui rĂ©siste Ă  toute dĂ©composition. En revanche, la synonymie suppose que nous puissions identifier un lieu idĂ©al oĂč elle tiendrait. Le problĂšme est que la synonymie suppose la postulation d’une thĂšse mĂ©taphysique forte il y aurait un ciel platonicien oĂč nous avons une identitĂ© du sens entre l’étoile du matin et l’étoile du soir, entre 2+2 et 3+1, etc. Une conception behavioriste et physicaliste oĂč la signification rĂ©sulte du comportement verbal de locuteurs en prĂ©sence de stimuli non verbaux selon les capteurs sensoriels est une objection forte contre la doctrine de la synonymie, car elle montre que le comportement n’est jamais une preuve univoque du sens [23] » et que deux individus diffĂ©rents ne sauraient ĂȘtre stimulĂ©s de la mĂȘme façon, mĂȘme s’il leur arrive d’acquiescer de mĂȘme façon. Mais l’identitĂ© d’assentiment n’est pas identitĂ© de signification. La premiĂšre sert des objectifs de communication, la seconde est en fait sans usage. Ajoutons que la recherche de la synonymie confine Ă  l’obsession de possession on dit que deux signes signifient la mĂȘme chose, comme on dirait de deux personnes qu’elles possĂšdent une mĂȘme maison, dit Wittgenstein [24], car on se met Ă  rechercher quelque chose que les deux signes signifient Moyennant quoi, on se met Ă  rechercher avec compulsion quelque chose qui tienne lieu de signification [25]. » Si c’est l’usage qui compte, et si nous utilisons une expression et non pas une autre, c’est que ce n’est pas la synonymie qui importe. 324 La remise en cause de la fonction phatique du langage, du dĂ©doublement du sens en propre et figurĂ©, des expressions idiomatiques je ne pense pas » au sens de je ne crois pas » – Alors taisez-vous » ; ou encore c’est changer souvent de taille qui me gĂȘne, vous savez » – Je ne sais pas. » On est dĂ©sorientĂ© sur la base d’une prĂ©servation du sens premier et mĂȘme prĂȘt Ă  perdre son sang froid, d’oĂč l’avis de la chenille never lose your temper. 335 L’inscrutabilitĂ© de la rĂ©fĂ©rence. Les indexicaux comme cela », les pronoms comme il », perdent leur fonction de focalisation sur telle ou telle rĂ©alitĂ©. Guillaume le ConquĂ©rant a envahi l’Angleterre avec l’aval des dignitaires anglais, que Guillaume le ConquĂ©rant ait envahi l’Angleterre, l’archevĂȘque trouva cela » raisonnable. Le problĂšme se pose À quoi renvoie cela » ? Si cela » a une fonction d’index d’une rĂ©alitĂ© parti- culiĂšre et concrĂšte, il ne peut renvoyer Ă  l’occupation de l’Angleterre qui ne fait pas partie de l’inventaire du monde, comme fait partie de cet inventaire une grenouille ou un ver pour un canard. On ne se sĂšche par le discours fonction symbolique que si l’on admet la perte progressive de l’égocentricitĂ© des mots et la possibilitĂ© de faire usage de la focalisation. Sinon, le discours reste un noyau sensoriel sans relĂšve linguistique, un rĂȘve humide en quelque sorte. 346 En finir avec le jugement aussi, et pas seulement avec le sens. La sanction d’abord, le jugement aprĂšs sentence first, verdict afterwards ». La reine a la possibilitĂ© d’aller dans les deux sens du temps du futur vers le passĂ© et du passĂ© vers le futur, elle peut donc parler de sanction avant de parler de jugement. Le temps lui obĂ©it en quelque sorte. Analytiquement, il s’agit en fait d’en finir avec le jugement, comme le dit Deleuze, car l’accusation, la dĂ©libĂ©ration, le verdict se confondent Ă  l’infini [26] ». Quatre auteurs emblĂ©matiques de cette confusion selon lui, mais on pourrait ajouter Lewis Carroll Artaud, Kafka, Nietzsche, Lawrence. Dans le livre de Lewis Carroll, c’est le jeu qui en finit avec le jugement moral la duchesse qui considĂšre que tout a une morale et qui est chassĂ©e par la Reine qui rappelle Ă  Alice l’importance du jeu Allons jouer. Le jeu d’un cĂŽtĂ© et le rĂȘve qui l’abrite de l’autre cĂŽtĂ© les deux constituent la distance qui permet de se guĂ©rir du jugement des autres, pour reprendre une expression d’Artaud utilisĂ©e dans sa correspondance avec Jacques RiviĂšre Ă  propos de la poĂ©sie, en 1923-1924. J’ai pour me guĂ©rir du jugement des autres, toute la distance qui me sĂ©pare de moi » Artaud Ă  Jacques RiviĂšre. La reine peut bien juger, et dire head off Ă  Alice, celle-ci, se rĂ©veillant petit Ă  petit, en retrouvant sa taille normale, c’est-Ă -dire en renouant avec la pesanteur, lui rĂ©torque Qui se soucie de vos ordres, vous n’ĂȘtes qu’un paquet de cartes. » Au sein mĂȘme du rĂȘve, les jugements de la Reine sont sans suite, car les mis Ă  mort partent avant, il arrive aussi Ă  la reine d’oublier, ou de donner le choix Ă  la duchesse par exemple, etc. À la place du jugement, il y a l’hypothĂšse et la considĂ©ration des faits et une partie de cartes qui ne finit jamais, soit parce qu’on se remet Ă  jouer, soit parce que le jeu terminĂ©, il n’y a ni consĂ©quence, ni importance. On suppose et on raconte, mais surtout on ne termine pas les histoires on ne saura jamais comment la pseudo-tortue est devenue fictive, elle qui fut bien rĂ©elle, on ne sait pas ce que la cuisiniĂšre cuisine dans sa marmite poivrĂ©e qui provoque tant d’éternuement. Tous les chemins mĂšnent bien quelque part pourvu qu’on les poursuive longtemps, dit le chat, et de mĂȘme pour les histoires. Le possible, l’hypothĂ©tique, Ă©chappent au jugement et Ă  la croyance qui ont tendance Ă  le convertir vite en impossible, et ce qui doit ĂȘtre les leçons, la morale, la grammaire laisse place Ă  ce qui pourrait ĂȘtre. Le lecteur reste avec son wondering, ses questions Ă©tranges, Ă  l’abri de la colĂšre. JuvĂ©nile donc mais jovial aussi. Notes [1] Lewis Carroll, Journal, 9 fĂ©vrier 1856. [2] Michel de Montaigne, Essais. [3] Michael Edwards, Shakespeare et la comĂ©die de l’émerveillement, Paris, DesclĂ©e de Brouwer, 2003, p. 17. [4] Ces exemples sont donnĂ©s par Michael Edwards, L’Émerveillement., p. 93. [5] George Allen & Unwin, An Inquiry into Meaning and Truth 1940, Londres, trad. franç. Signification et VĂ©ritĂ©, Paris, Flammarion, 1969, p. 143. [6] Alice au pays des merveilles, trad. franç d’AndrĂ© Bay, Belgique, BibliothĂšque Marabout, 1978, p. 82. [7] Georges Allen & Unwin, Human Knowledge, its Scope and Limits, Londres, 1948, 1976, p. 185. [8] Ibid., p. 191. [9] What are you » ? [10] Ludwig Wittgenstein, Remarques mĂȘlĂ©es, TER, trad. franç., 1984, p. 103. [11] Bertrand Russell, Philosophie de l’atomisme logique, trad. franç., in Écrits de logique philosophique, Paris, PUF, 1989, p. 434. [12] Voir William Van Orman Quine, La Poursuite de la vĂ©ritĂ©, trad. franç., 1993, p. 25 et p. 48. [13] Bertrand Russell, La Connaissance humaine, sa portĂ©e, ses limites 1948, trad. franç., Paris, Vrin, 2002, p. 523. [14] Ibid. [15] O. Quine, op. cit., p. 48-49. [16] Michel de Montaigne, Essais, Livre II, XII. [17] La phrase dans le texte originel Never imagine yourself not to be otherwise than what it might appear to others that you were or might have been was not otherwise than what you had been would have appeared to them to be otherwise », in Lewis Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland, INC, New York, Dover Publications, 1993, p. 61. [18] Montaigne, Essais, Paris, PUF, p. 725. [19] Ibid., p. 723. [20] De l’autre cĂŽtĂ© du miroir, Marabout, trad. franç, p. 231. [21] Les Aventures d’Alice au pays des merveilles, trad. franç. d’AndrĂ© Bay, BibliothĂšque Marabout, p. 33. [22] Ibid. [23] Jean Largeault, Quine, le continuisme et la fin de l’épistĂ©mologie nĂ©o-positiviste, in Revue philosophique, n° 3, 1994, p. 320. [24] Ludwig J. J. Wittgenstein, DictĂ©es Ă  Waissmann et pour Schlick, trad. franç., 1997, p. 81. [25] Ibid. Voir Quine Mon propos n’est pas de remettre en cause les dictionnaires, qu’ils soient ou non bilingues. Mais de souligner que leur utilitĂ© ne repose pas sur la synonymie, que ce soit en matiĂšre de traduction ou de paraphrase. Le propre d’un dictionnaire est d’aider les usagers d’une langue Ă  rĂ©aliser les diverses fins qu’ils se proposent fournir ou rassembler des informations, persuader, passer des accords, planifier, thĂ©oriser et se dĂ©lecter de sons, d’images et de fantaisies », in QuidditĂ©s, Paris, Seuil, 1992, p. 219. [26] Gilles Deleuze, Critique et Clinique, Paris, Minuit, 1993, p. 158.

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